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Voila 456 jours que nous sommes rentrés
Pas trop dur le retour ? Quelques notes de blues et de schizophrénie...

Pas trop dur le retour ? Quelques notes de blues et de schizophrénie...

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6 mois après notre premier voyage au long cours, de 13 mois, je peux maintenant, comme beaucoup l'on déjà fait avant moi, livrer mon ressenti sur ce fameux retour, évoquer ce fameux blues du retour. Un article catharsis ?

Nos deux plus jeunes membres de la famille ont pu redécouvrir ou découvrir l'école primaire. Notre grande a fait la connaissance du lycée. Karine et moi avons renoué avec notre travail, plus ou moins tel que nous l'avions laissé à notre départ...

Il semblerait que plus l'on est jeune, plus la réacclimatation est facile. Pour Kyra, les premières semaines, c'était même presque une bénédiction. Pas question pour elle d'entendre parler de nouveau départ. La parenthèse était fermée et elle était - elle l'est toujours - extrèmement heureuse de retrouver la famille au sens large, ses amies, une vraie école, la maison. Eliott lui, semble bien où qu'il soit. Oriana n'a pas montré non plus de blues particulier, elle s'est rapidement créée de nouvelles habitudes, avec le lycée. Mais on sent déjà un vécu différent de ce voyage. On le sait, elle le dit, elle est déjà prête à repartir. Pour Karine et moi, c'est tout de suite moins évident. Si au départ j'étais prêt à partir plus longtemps, j'ai quand même été heureux de rentrer. Pour échanger avec la famille, les amis, des inconnus. C'est encore une facette de l'aventure. Karine ne voulait à la base pas partir plus longtemps, et à l'arrivée, elle aurait finalement bien prolongé encore un peu. Dans les deux cas, le retour n'est finalement pas si évident à vivre. Pour Karine, il semble que l'immersion dans autres aventures rocambolesques liées à son travail, ainsi que les retrouvailles avec sa bande de collègues-amies, lui évitent de trop penser à l'"Avant(ure)" - amusant, étymologiquement, 'aventure', c'est 'ce qui doit arriver'-. De mon côté, j'ai fait connaissance avec une super équipe de nouveaux collègues avec qui j'ai pu épisodiquement échanger sur notre périple. J'ai pris l'habitude aussi d'écumer les groupes FB de voyage. Suggérer, échanger, partager et découvrir de nouveaux lieux, d'autres manières de voyager. J'ai aussi finalisé avec Monmix mon 'album de voyage' (Unpaved roads of Dust). Autant de recours pour ne rien lacher. Parce que l'aujourd'hui de maintenant ne saurait plus être l'aujourd'hui d'avant le départ, même si rien dans notre environnement actuel n'a vraiment changé.

Ce qui semble vraiment différent en fonction de l'âge, c'est la relation au présent. Pour Kyra, le passé, c'est déjà des souvenirs. Le futur, c'est trop loin. Le présent, c'est Carpe Diem. Pour Eliott, c'est encore plus facile : il est toujours dans le présent. Son présent. Quelque part entre la Lune et Alpha du Centaure. Alors c'est pas le fait de se trouver physiquement à San Pedro de Atacama ou dans notre banlieue parisienne qui va changer quoi que ce soit. Pour lui aussi, c'est Carpe Diem, easy. Pour Oriana, Karine et moi, le besoin de se projeter est beaucoup plus fort. Et notre futur, c'est un nouveau départ. L'air de rien - mais ça aura pris 6 mois - même Eliott commence à l'évoquer. Et même Kyra commence à pouvoir l'entendre...

En attendant - car ce prochain départ, ça sera pas avant 2 ou 3 ans -, on pourrait penser qu'avec le retour, on aurait pu faire une refonte 2.0 de notre présent, de notre futur proche. Les derniers jours de notre périple, on l'envisageait effectivement, gonflés à bloc. On allait faire plus de ça, moins de ça, on allait changer tout ça. Au final, à part trois coups de peinture dans la maison en ce qui me concerne, rien. Ou pas grand chose. A parler de refonte, on peut tout juste évoquer une 1.1. Juste quelques changements, toujours très lentement. Une force d'inertie incroyable, surtout passé le premier mois.

Est-ce une forme de blues ? Certainement. Surtout d'un point de vue musical, quand on sait qu'un des principaux thèmes du Blues, c'est le voyage et le retour aux sources, à ses racines. Amusant d'ailleurs, presque prémonitoire, la première chanson que j'ai écrite, pendant notre voyage, c'était une ode à la Blues Highway, au départ, au voyage, au retour (Cajun l'alli). Une manière de conclure alors qu'on était à peine parti... Dans mon cas, le blues est d'ailleurs probablement moins lié à la nostalgie du voyage qu'au fait de retrouver la même manière de fonctionner que j'avais avant de partir (avant la période 'préparation du départ' qui elle était très active). Une grosse différence quand même : je suis revenu avec plein de projets, plein d'envies, plein d'options. De là à la mise en pratique, il y a un gouffre, dans lequel le quotidien s'empresse de se déverser, rendant toute avancée encore plus difficile.

Est-ce que ça fout les boules ? Carrément. Mais pour moi, ce qui fout les boules, c'est pas d'avoir quitté un mode de vie presque idylique (idylique aussi parce qu'on le savait temporaire : même si j'avais gagné au loto, je ne suis pas le genre d'homme à avoir envie de passer sa vie à arpenter le monde en camping-car). C'est plutôt de voir, après avoir vécu tant de richesses, avec quelle facilité on se laisse retomber dans la routine, le quotidien. D'autres ont tiré un trait sur leur vie d'avant au moment du départ. Certains le font aussitôt rentrés. Pas nous. Certaines choses nous manquaient, notre vie de sédentaire, dans notre chez nous actuel, nous plait bien, et du coup, peut-être est-ce plus dur, de vouloir garder certaines choses, en lacher une partie et en créer d'autres ? Est-ce que le 'tout ou rien' serait plus facile ? La question reste ouverte.

Me voilà presque complètement barré dans des délires métaphysiques (schizo-maniaco-dépressifs aurait dit  J.J.G ?), mais concrètement, ça veut dire quoi ?

Concrètement ? Le premier mois plutôt cool. Tu racontes, tu partages, tu retrouves (le pain et le fromage surtout). Bien sûr, juste avant, c'est la claque à l'arrivée à l'aéroport. Tout le monde parle français. Tu crois qu'on t'adresse la parole en permanence. Tu passes la demi-heure où tu attends tes bagages à te retourner sans arrêts. Mais tu as toujours les étoiles plein la tête. Tu promènes ton chien dans la rue, tu as encore ces étoiles. Tu reprends le taf avec en prime de 2h de trajet au lieu d'une et autant pour le retour, mais tu as encore les étoiles. Alors oui, le métro, c'est le mal. Ca a été le plus dur pour moi. Une manière de rédécouvrir les paroles d'Antisocial. A des milliers de kilomètres du salar d'Uyuni. Mais quand même, tu as encore les étoiles dans la tête. C'est comme ça que j'ai pu finir le titre 'Les yeux du Salar', encore une quête.

Et puis après, tu commences à faire le compte de tout ce que tu laisses au lendemain. Faute de temps, faute d'envie aussi. Là-bas, on avait le temps, l'envie de prendre le temps et pas de lendemain. Ici, on a surtout le quotidien. Le même qu'avant de partir.

Sauf que tu ne le vois plus de la même manière. Tu as acquis une certaine acuité, pour voir le beau, l'incongru, les petits détails qui font le décalage. En fait, tu es toujours en voyage, avec ton regard de voyageur. Et ça, c'est le bénéfice que je chéri plus que tout. Tu ne prends plus l'apparent factuel pour de l'argent comptant. D'ailleurs, l'argent, moteur de ce monde en inertie, ne compte plus vraiment. S'il en faut, c'est maintenant juste pour pouvoir repartir. Et cette capacité à la prise de distance, même nos enfants l'ont acquise. A 7, 10 et 14 ans, ils en ont fini de se laisser embarquer par les soi-disant évidences. Mais pourquoi ? '- c'est comme ça'. Ok, c'est comme ça pour toi, et je l'accepte comme tel, mais je sais que ça pourrait être autrement...

Me voilà à nouveau reparti dans mes errances absconses...

Pour certains, il semblerait que le plus dur à vivre, ce soit le fait que les autres ne te comprennent plus. Tu m'étonnes, je ne suis même pas sur de comprendre moi-même ce que je viens d'écrire ! Mais du coup, pour moi, le problème n'est pas là. Il n'est pas en tout cas dans le désintérêt des autres pour ton vécu, qui contre vents et marées cherche toujours à s'imposer dans les discussions. C'est normal et il faut apprendre à te taire. Ton monde s'est décalé avec toi, mais tu n'es pas le centre du monde. Pour moi, le problème vient de la difficulté de se comprendre à nouveau soi-même. Tu as changé, et tu es revenu. Tu dois à nouveau te reconstruire.

Et ça, ça ne se fait pas d'un claquement de doigts. Tu te rends alors compte que 6 mois ont passé. Si vite ? Mais j'ai fait quoi depuis que je suis rentré ? J'ai acheté et monté un meuble, je me suis remis à courir (applause), j'ai posté dans des forums et j'ai préparé - un peu - nos vacances d'été, un petit mois en Albanie à priori. Pourquoi l'Albanie ? Une idée comme ça au départ, et une phrase lue qui a tout emporté : 'A faire de toute urgence avant que les poubelles ne disparaissent, que les bergers prennent les chemins et que les mercedes ne se transforment en peugeot...' A retrouver un peu de ces routes cahoteuses, et ces poules, et ces chiens errants...

Le voyage est un mouvement. Et, choisie ou non, c'est aussi une quête. Un mouvement entre l'avoir été, l'être et le devenir. Et le plus dur dans ce mouvement, c'est l'arrêt au stand.

Voilà, et sur ces (bonnes ?) paroles, je m'en va relire l'Alchimiste (tiens, en passant, le retour m'aura aussi permis de redécouvrir deux trésors perdus : lire et écouter de la musique. Pas besoin de chercher loin une explication)...

[add-on]

En épilogue quelques articles que j'ai lu, juste après avoir écrit celui-ci et qui ont eu une certaine résonnance en moi (goooglelisation : 'blues pas trop dur le retour'):

http://www.le-tripeur.com/retour-blues-du-voyageur/

http://nihonkara.fr/rentrer-de-voyage-le-blues-du-retour/

http://www.coureurdesbois.fr/le-retour-de-voyage-confession-voyageur/

https://laparentheseblog.com/2016/01/11/alors-pas-trop-dur-le-retour/

http://www.instinct-voyageur.fr/deprime-retour-de-voyage-blues-voyageur/

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