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Probablement encore 154 dodos avant le prochain voyage...
De la sécurité (d'une famille en camping-car) à travers les Amériques

De la sécurité (d'une famille en camping-car) à travers les Amériques

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Parce que cette question est dans le top 5 de celles que les gens nous posent, quand ils apprennent qu'on va faire ou qu'on a fait un voyage au long cours.

"Il est fortement recommandé d’observer une grande vigilance si vous devez vous déplacer dans ces régions."

Si l'on devait entièrement se fier aux recommandations du site www.diplomatie.gouv.fr, on se demanderait s'il est encore possible de sortir de chez soi. Loin de moi l'idée de dénigrer le site, je l'ai moi-même consulté à chaque fois que nous allions passer une frontière, et je continuerai de le faire à l'avenir. Sur le plan de la sécurité, découvrir un nouveau pays n'est pas si différent du quotidien. Je fais de temps en temps des courses ou un resto dans le 93, ma femme y travaille, mais je n'aurai pas l'idée de visiter le quartier des 3000 à 23h mon reflex en bandoulière et ma Rolex au poignet (en fait, ça ne risque pas, je n'ai ni l'un ni l'autre). Il en va de même à l'échelle d'un pays, et certains connaissent des quartiers, des villes, voire des régions qui craignent vraiment. Donc je consulte effectivement le site du gouvernement, pour prendre la température, puis je mets le thermomètre dans le frigo quelques longues minutes, pour avoir une estimation qui colle un peu plus à la réalité. Parce que quand même, pour le gouvernement, c'est le principe de précaution à l'extrême.

Alors nous y voilà... Parce que si je devais faire un top 5 des questions qu'on nous pose lorsqu'on annonce qu’on va faire ou que l'on a fait un tour du monde, Le 'Mais ça craint là-bas non ? Vous n’avez pas peur qu'il vous arrive quelque chose' a sa place sur le podium. (Aussitôt après le 'Mais qu'est-ce que vous allez faire de vos enfants ?', qui précède inévitablement  le 'Mais alors, pour les études, ils vont faire comment ?'). Du coup, maintenant que nous sommes rentrés (vivants), je fais un petit résumé sur la sécurité telle qu'on l'a vécue et on pourra passer à la question suivante (ou pas).

Pour situer le contexte, nous sommes arrivés en avion au Canada (Halifax) où nous avons récupéré notre camping-car. Nous sommes tranquillement descendus vers le sud et avons quitté le continent en Uruguay (Montevideo). Nous sommes donc passés successivement par le Canada, les USA, le Mexique, le Belize, le Guatemala, El Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, le Panama, la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, à nouveau l'Argentine et l'Uruguay. Evidemment, en 13 mois, nous n'avons pas parcouru tous ces pays en long et en large (1/2 journée en Honduras, 1j au Brésil...) et je ne parlerai donc que des régions que l'on a traversées...

Au Canada, on ne s'est jamais vraiment posé la question. En même temps, classé 8ème sur 163 au Global Peace Index (http://economicsandpeace.org), il n'y a pas grand-chose à en dire. On pourrait critiquer pendant des jours la manière d'effectuer ce classement, que le Canada côtoierait toujours le haut de la liste.

Puis, au Canada, on a commencé à nous dire : ‘faites attention, aux States, ils sont tous armés’. Du coup, les premiers jours, on dormait fenêtres fermées, pour éviter qu'un dingue s'introduise dans notre cc gentiment garé sur le parking d’un Walmart...

Puis, aux US, on nous disait 'Houlà, le Mexique ! Mais vous êtes fou !' Du coup, on a passé la frontière à l'aube et on a tracé pendant 3 ou 400 km pour éviter le nord du Mexique... (Ceci dit, il doit quand même y avoir certaines zones frontalières qui craignent, notamment au nord-est du Mexique). Cette peur de certains américains pour le Mexique est assez présente pour qu’après avoir fait le tour de l’Amérique Latine, un couple de voyageur américain titre leur livre 'Don't Go There. It's Not Safe. You'll Die. And Other More Rational Advice for Overlanding Mexico and Central America.' Un titre volontairement provocateur, à prendre au second degré évidemment. Une lecture que je vous conseille, c’est souvent hilarant et très intéressant. Et c’est un ebook gratuit - en anglais - : http://www.liferemotely.com/download-the-ebook .

Bon, ceci dit, tout n’est pas rose et les ‘gringos’ ne sont pas toujours les bienvenus. On a par exemple une fois été gratifié au détour d’un carrefour d’un ‘Gringo go home’. Mais bon, l’attitude américaine est parfois tellement à l’opposé de la manière de vivre ‘latine’, que franchement, on comprend ce genre de réactions. Et ce n’est pas Trump au pouvoir et la construction du nouveau mur de la honte qui va améliorer la situation. Nous, quand on en a eu l’occasion, on s’est contenté de mettre un autocollant de drapeau français – moi qui ne suis absolument pas patriote – à l’avant de notre camping-car, afin d’éviter d’être confondus…

Certaines régions du Mexique peuvent aussi apporter leur lot de petits tracas, comme dans le Chiapas où, épisodiquement, les touristes véhiculés se font taxer par les locaux lors de péages improvisés. Ça touche le budget, mais ce n’est pas bien méchant. Parfois, c’est juste une ‘obligation’ d’acheter quelques fruits…

Au Mexique (et pour les pays qui suivront aussi d'ailleurs), il y a aussi la police. La police qui invente régulièrement des contraventions pour arrondir les fins de mois. Mais avec de la patience, et pour nous la bonne humeur de nos enfants, ça se terminait (presque) toujours par un 'ah, allez, vous êtes une famille française... vous pouvez y aller...' Un bon truc pour éviter ces taxes policières, c'est l'appli ioverlander (pour trouver les bivouacs bien sûr aussi) : ça permet d’identifier les lieux de contrôle et de passer à côté ou tout au moins d'y être préparé. Voire de cacher les fruits et légumes, notamment en AmSud pour pas se les faire taxer...

A Mexico, on est arrivé un peu sur nos gardes aussi - au passage, normalement on ne peut pas y circuler en camping-car, mais on a pu entrer au cœur de la ville sans souci. Ensuite, on est resté 5 jours à l'hôtel, cc garé le long de la rue, parce qu'on avait envie (en fait plutôt 'besoin', la turista se gérant plus facilement entre 4 murs...) de faire une pause. Donc sur nos gardes, à cause des multiples avertissements qu'on peut lire sur les forums, y compris d'expats qui y vivent, et sur le guide du Routard ('surtout, la nuit, ne vous arrêtez pas aux feux rouges', à cause du highjacking entre autre). Quand même, le premier soir, on demande à la réception de l'hôtel si c'est facile de se rendre dans la Zona rosa. 'Oui, bien sûr, vous pouvez prendre un taxi au coin de la rue...' ' - Mais à pied, c'est dangereux ?' 'A pied ? Non, pas du tout, c'est juste que c'est à plus d'un kilomètre !!!' Un autre soir, à la station de Metro Insurgentes (avec une grande esplanade, style 'Les Halles') une dame nous explique en anglais que le coin n'est pas 'safe'. C'est sûr qu'avec nos peaux blanches et nos petites têtes rousses, on se pose comme touristes, mais ici, il y a plein de monde, y compris des familles qui flânent tranquillement. Tout va bien, don't be afraid.

Prudence malgré tout dans certains quartiers qui peuvent effectivement être dangereux, c'est la triste réalité des grandes villes (mais c'est idem qu'en Europe).

Arrive le moment de changer à nouveau de pays.  Au Mexique, on nous a dit ‘Belice… es peligroso'...

Pour le Guatemala, la famille bélizienne qui nous avait accueillis si chaleureusement nous met une fois de plus en garde. Pourtant avec la Bolivie et la Colombie, c'est un des pays où les locaux nous ont bouleversés par leur accueil. Il n’empêche qu’on retrouve aussi le système de péages improvisé sur certaines routes (euh, pistes) comme les 10 derniers kilomètres qui mènent à Semuc Champay. Là, ce sont des enfants ou de jeunes adultes, armés de pelles, qui barrent la route avec une corde et demande un peu d’argent, parce qu’ils ‘réparent’ la piste. Il suffit de dire qu’on a déjà donné au barrage précédent ou d’offrir un coca ou une bouteille d’eau, pour pouvoir rouler jusqu’au barrage suivant…

Ensuite, ça a été la même chanson pour chaque pays suivant, comme quoi, quel que soit le pays, on se méfie toujours, à tort, du voisin...

Voici une vision toute américaine de leurs pays voisins :

Extraite de https://maplecroft.com/portfolio/new-analysis/2016/12/01/risk-violent-crime-highest-latin-america-afghanistan-guatemala-mexico-top-country-ranking-verisk-maplecroft/

et largement reprise en français sur ouest-france.fr. Ok, sur leur top 10, on est passé par 4 pays, sans jamais se sentir en danger...

Quelques règles quand même en passant :

- toujours demander aux gens du coin si on peut dormir là où on compte s'installer. Les Mexicains, sans doute habitués aux Américains très craintifs, feront tout pour vous rassurer... à un point que ça en deviendra inquiétant : 'oui, bien sûr vous pouvez dormir là. Près du lampadaire, on vous verra. Et on pourra vous surveillez cette nuit. Vous voulez que j'appelle la police pour qu'ils fassent une ronde ?' Souvent, au Mexique surtout, on a dormi près de stations-services, régulièrement gardées par un vigile armé. Du coup, il est parfois de bon ton de lui laisser une - petite - propina, ou de lui offrir un coca ou une bière. Et la première phrase que j'ai appris à dire en espagnol (jusque là, je n'avais jamais parlé espagnol et c'est notre fille de 13 ans qui assurait le rôle d'interprète, la plupart du temps), c'est 'Somos una familia francesa. Es posible dormir aquí esta noche en nuestra casa rodante ?'

- ne pas faire étalage inutilement de sa richesse (appareil photo...)

- ne pas se montrer arrogant, méprisant. Cela va de soi, mais pas pour certains ‘gringos’ qu'on a croisés, comme au Nicaragua où on a vu un couple qui paie sa chambre 40$ (le double de ce qu'on était prêt à négocier), qui la visite et qui, n'étant pas satisfait, repart sans même réclamer son argent. La gérante était vraiment blessée..., et fumasse. Il a fallu qu'on lui demande si elle acceptait de nous prêter sa machine à laver personnelle pour qu'elle retrouve le sourire...

- être plus prudent dans les grandes villes et leur banlieue. Mais ça, c'est partout dans le monde, on reste des touristes – même si les voyageurs au long cours ne sont plus ‘tout à fait’ des touristes comme les autres -, et  donc des cibles potentielles pour les pickpockets. C'est leur métier...

- si on a un doute au moment de s'installer pour la nuit... on cherche un peu plus loin...

Je poursuis. Guatemala nickel, population charmante et ce bien au-delà de leur frontière (du coup, hop, j’en ai écrit une petite chanson : Guatemala. Allez-y, c’est gratuit), El Salvador nickel (un peu plus 'occidentalisé' qu'on s'y attendait). Le Honduras, par contre, on a fait que passer, un peu échaudé il est vrai par le triste record du pays en termes d'enlèvements d'enfants contre rançon, ce qui fait des touristes une cible privilégiée. En plus, les coins qui nous tentaient étaient au nord et on n’avait pas trop le goût à remonter pour redescendre.

Au Nicaragua, on a eu nos seuls vrais déboires à un contrôle de police. Le policier a mal pris qu'on note son matricule lorsqu'il nous a proposé de payer en liquide. Du coup, il a fallu qu'on fasse des pieds et des mains pour récupérer notre permis de conduire au commissariat, après avoir payé une amende.

Le reste de l'AmCentrale fut tout aussi tranquille.

Il reste quelques zones chaudes au nord du Panama, comme à Colon, mais on a avait pas prévu de visiter...

Et nous voilà en Colombie. Le pays pour lequel on avait promis à la famille, avant de partir, que l'on n'irait pas. 'Mais, oui, évidemment, pas la Colombie. On le sait, la Colombie, ça craint'. Oui mais quand on rencontre un, puis deux, puis trois, puis finalement tous les voyageurs qui viennent du sud et qui ne font que vanter le plaisir de traverser la Colombie, on se dit qu'on ne peut pas rester sur cette crainte franco-française des gens qui n'y ont jamais mis les pieds. Et on a eu ô combien raison. La Colombie, c'est Pouce levé. C'est en tout cas le titre d’une autre chanson que j'ai écrite et qui joue justement - dans le style musical et sur les paroles du refrain- sur l'incroyable écart qu'il peut y avoir entre les on-dit et la réalité du terrain (Pouce levé, toujours gratuit). Alors oui, certainement, des grandes villes ont leurs quartiers qui craignent, mais de nos 13 mois de voyage, jamais on a été si bien accueilli que par le peuple colombien.

Enfin, on a été surpris par le nord du Pérou. Alors qu'on s'attendait à un pays très secure, parce que destination touristique très courue, le nord, très pauvre (c'est un désert où l'on a vu des habitants faire des kms pour couper un arbuste et se ramener un peu de bois...), les locaux nous ont parfois paru quelque peu... acrimonieux (+1 point, j'ai réussi à placer le mot). On est notamment passé par quelques coins qu'on ne recommandera pas, comme à Chimpote, où quelques voyageurs ayant bivouaqués dans les dunes voisines ont d'ailleurs déjà été complètement détroussés, par de petits groupes cagoulés et armés. D'ailleurs, les slogans sur les murs de la ville annoncent la couleur : 'la drogue tue et génère l'insécurité', 'soit responsable, n'achète pas de choses volées', 'la sécurité est la tâche de tous, participe'... (là encore, l'appli ioverlander permet d'être informé des coins à risque signalés par d'autres voyageurs). Une fois sur la cordillère, l'accueil des montagnards est à nouveau très chaleureux, hormis à Abancay où l'on sent l'influence du Sentier Lumineux qui opère dans le VRAEM.

Ensuite et jusqu'en Uruguay, c'est à nouveau tranquille sur toute la ligne.

En conclusion… en fait non, pas de conclusion.


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